Marielle
Marielle BRADEL

Lorsque j’ai découvert l’Ennéagramme, en 1993, je ne pensais pas que cela me permettrait d’enrichir les 3 pôles importants de ma vie : ma relation à moi-même, ma relation à mon mari, ma relation à Dieu.

20 ans après, et en faisant la relecture de ma vie (j’ai 70 ans) je suis frappée par la cohérence que l’ennéagramme met en lumière entre ces trois domaines et ma personnalité de type 5. Cette cohérence confirmait les intuitions mises à jour également par l’accompagnement spirituel dont j’ai bénéficié.

Dans ma relation à moi-même l’ennéagramme m’a permis de mettre des mots sur ce qui sous-tendait mes comportements et mes choix de vie depuis toute petite. J’ai pu revisiter mon enfance et y repérer les points que j’étais invitée à pacifier (points à partir desquels je me suis construite et enfermée dans un schéma protecteur) : cela m’a permis et me permet encore de sortir de mes enfermements pour m’engager et m’impliquer.

Les points clés sur lesquels j’ai pu avancer grâce à l’ennéagramme :

  • La peur de l’intrusion, mon besoin d’indépendance qui bloquent ma capacité à m’ouvrir au monde et à offrir mes dons …

  • Cette peur d’être envahie par l’autre qui me pousse à garder le contrôle, à ne pas lâcher prise Comprenant cela, je cesse peu à peu de rendre l’autre responsable de ce qui, en réalité vient de ma vision erronée du monde.

  • Rester en retrait ou s’impliquer ? Toute ma vie est conditionnée par cette tension qui vit en moi : entre d’une part ma peur de m’engager (peur que les autres m’envahissent, me phagocytent) et d’autre part mon désir profond de m’investir avec et pour ceux que je rencontre. En relisant ma vie je retrouve bien cette tension entre « me mettre en retrait » (posture d’observateur du 5) et mon implication totale (pas seulement avec ma tête, mais aussi avec mon cœur et mes tripes !). Lorsque, enfin, je me décide à m’engager (je le fais alors avec la force du 8). Sur le plan spirituel : répondre à ma vocation au lieu de m’isoler dans mon cocon protecteur.


Dans ma relation à mon conjoint

L’ennéagramme a été une aide vitale : le mot n’est pas trop fort ! Nous avions un peu moins de 30 ans de mariage lorsque nous avons découvert ensemble l’ennéagramme et notre relation était émaillée de moments de souffrances dues à nos caractères si différents : mon silence et mon besoin de retrait se heurtaient à son besoin de relation, mes moments d’implication totale le bousculaient dans son besoin de tranquillité ou de mûrissement, ma rapidité de compréhension s’opposait à sa lenteur. Bien entendu, je ne voyais pas les bons côtés de sa façon d’être : cette capacité qu’il a à poser les choses, à prendre les problèmes dans l’ordre, à dire et se dire, sa solidité et son calme qui m’apaisent et me rassurent !

Quelle chance !

La découverte de son type m’a permis d’entrer dans une acceptation réelle de sa différence. Les points qui chez lui, m’agaçaient profondément, prenaient alors du sens et, parce que je l’aime, cela m’invitait à remettre en question mes propres comportements déstabilisants pour lui : son insistance à m’arracher 3 mots, insistance que je trouvais intrusive, m’invitait à dépasser mes peurs pour entrer dans une vraie relation. Découverte que plus je me taisais (mon 5) plus je le poussais à être intrusif … il me suffisait de parler pour qu’il m’accueille dans ma propre différence et dans mes peurs … oh joie !

Découverte que ce que j’appelais sa paresse, son lymphatisme m’invitaient à me poser, à laisser faire le temps moi qui suis dans le contrôle et le « je fais tout toute seule pour éviter d’être envahie ».

Et que dire de son don pour la médiation, moi qui vais droit au but et sans fioriture lorsque je fonce dans mon 8, portée par mes convictions !

L’ennéagramme m’a permis, là aussi, de découvrir à quel point nos différences étaient justement nos lieux de richesse et de croissance l’un pour l’autre… chaque jour nous en apporte la preuve.


Inversement, nous avons compris comment nous pouvions nous faire du mal lorsque nous nous enfermions l’un et l’autre dans les compulsions de nos types, dans nos sur-protections.


Dans ma relation à Dieu :

Pendant longtemps Dieu, pour moi, se résumait à l’Esprit-Saint et cela me parlait bien. Au contraire la notion d’un Dieu Père me semblait lointaine, quant au Fils… je me sentais très loin de lui.

Aujourd’hui, je comprends bien comment mon type de personnalité m’a poussée à hiérarchiser ces trois Personnes de la Trinité et comment, en tant que 5, il était logique que je me sente plus proche de l’Esprit-Saint qui rejoint mon besoin de comprendre, d’analyser, de discerner. L’Esprit Saint n’est pas un envahisseur : il suscite, il propose, il met sur ma route les événements et les personnes dont j’ai besoin….

Le Dieu Père me semblait dangereux : un père, une mère peuvent être envahissants, castrateurs… Laisser Dieu Père entrer dans ma vie m’a longtemps semblé une menace pour moi. Quant au Fils, s’impliquer « jusqu’au bout, jusqu’à la mort » : même si cela rejoignait certains de mes excès, fondamentalement, cela me faisait peur.

Bien évidemment, je n’avais jamais formalisé tout cela, ni ne l’avais verbalisé.

Ce n’est qu’après quelques années de pratique de l’ennéagramme que j’ai commencé à me demander si ma relation à ce Dieu Trinité auquel je crois n’était pas elle aussi (comme ma relation à moi ou à mon mari) conditionné par ce que je suis et par conséquent par mon type 5. Peu à peu j’ai fait ce lien et j’ai compris que je m’étais construite « une fausse image de Dieu » : au lieu de le « laisser » entrer dans ma vie, je l’enfermais dans mon monde, ma vision, comme si je le créais au lieu de me laisser créer par Lui.

  • Oui, ma peur de l’intrusion m’empêchait de laisser entrer Dieu dans ma vie, m’empêchait de lui « ouvrir ma terre » comme le dit si bien Simone Pacot dans son parcours Bethasda. Ouvrir ma terre pour qu’il vienne la féconder, lui donner du sens.

  • Oui, l’Esprit-Saint me parle beaucoup, mais à condition que je sois dans le lâcher-prise : je sens bien que je suis invitée à découvrir puis accueillir sa présence à mes côtés au lieu de lui dicter ce que j’attends de lui. Ma prière n’est plus « donne-moi ceci, aide-moi à faire cela » mais « donne-moi ce qui est bon pour moi, pour que je puisse aller là où Tu m’appelles, là où Tu veux que j’agisse ». C’est pour moi un réel appel à sortir de mon rêve de toute puissance : cesser de croire que tout ne dépend que de moi et de moi toute seule… Laisser de la place dans ma vie pour la grâce que Dieu nous donne en abondance. Sortir de mon rêve de toute-puissance…. Sortir de l’enfermement du 5 pour entrer dans la VIE, la vraie vie et y apporter mes dons.